Le bricoleur qui fait dans l’art contemporain tient une position liminaire entre le bricolage naïf, entièrement hors du monde de l’art, et une pratique orientée par des effets de mélanges et d’assemblage maîtrisés. En art contemporain, le bricolage appelle des pratiques esthétiques qui flirtent avec une perte de virtuosité, tout en produisant des effets de sens puissants (sensations et signes). Il ne s’agit dès lors plus de bricolage au sens strict, mais d’un sens de la transformation, de la composition et du déplacement qui constitue une sorte de lisière de ce que peut faire et comprendre l’art actuel.
Dans un tel bricolage, la relation à la technologie, à la fabrication et à l’esthétique se transforme. Sans être ironique il est parfois d’une affligeante naïveté , le bricoleur garde néanmoins quelque chose de bizarrement contemporain (parfois jusqu’au malaise). Ce bricoleur contemporain montre un sens de l’« imperformance », du ratage, du hasard et de la juxtaposition qui se retrouve dans les esthétiques combinatoires du DJ et de l’échantillonnage, dans les juxtapositions brutales d’informations sur internet ou à la télévision, ou encore dans les ratages savants du lame art et des œuvres « low tech ». Imperformant, le bricolage paraît appartenir au royaume du loser ou du pro ès farnientes. On retrouve aussi du bricolage là où il s’agit de court-circuiter des stéréotypes dans l’ordre de la représentation, en détournant et en recontextualisant des images. En ce sens, le bricolage joue des tours, des trous dans la communication, et il fonctionne dans un brouillage entre art et pratiques sociales, entre art et technique, art et ornementation.
Érik Bordeleau présente ainsi un texte sur l’événement Loser organisé cet automne par Folie/Culture, à Québec. En élaborant un événement autour du motif du perdant magnifique, Folie/Culture offrait un ensemble de points de vue sur le bricolage, directement ou indirectement, vraisemblablement par « nécessité » et non délibérément ce qui donne à penser que bricolage et « minorité » pourraient ipso facto aller de pair. Ce qui explique qu’un projet aussi picaresque et peu « artistique » que celui de José Breton y ait été présenté, avec un naturel qui déconcerte; ou que la majorité des œuvres aient été présentées un peu en marge de « l’axe esthétique de Québec » (tendu entre Méduse et l’école des arts visuels de l’Université Laval), dans Saint-Sauveur, prêtant aussi à l’heureuse confusion des rencontres (tant humaine qu’esthétique), ce dont témoignait le Salvatore adjacent, une pizzéria bon marché d’esthétique néo-démunie, ou la taverne Jos Dion (une vraie et belle taverne, sans rien d’hyper). Bordeleau en profite au passage pour envisager le loser face à la « jeune fille » (impératif de photogénisme qui détermine la présence au monde d’un grand nombre de personnes). Il faut croire que le loser, par définition, s’éloigne « de l’uniformité et de la standardisation », en véritable bricolage humain...(extrait)
ETC