Dans un
article du directeur du journal Le Devoir, Bernard Descôteaux
explique comment ce journal a, mieux que d’autres quotidiens,
traversé la « crise » des médias
qui affecte une grande partie des quotidiens d’Amérique du
Nord, à la suite de divers scandales financiers et de la chute
des marchés boursiers1.
Il dresse le portrait d’une
situation complexe, vécue surtout aux États-Unis mais,
aussi, au Canada. Il évoque la diminution des lectorats
d’environ 12 % depuis le début des années
2000, ainsi qu’une baisse importante des revenus publicitaires en
2009, alors que le revenu publicitaire compte environ pour 77 % de
l’assiette globale des quotidiens.
S’interrogeant sur l’avenir
de la presse écrite et des journaux en particulier, Bernard
Descôteaux explique pourquoi, en 2009, Le Devoir s’en tire
mieux que les autres quotidiens, tandis que nombre de quotidiens
affichent des résultats à la baisse ou
déficitaires.
Il énumère les raisons pour
lesquelles Le Devoir remporte, en effet, un succès sans
précédent qu’il attribue surtout au fait que ce
journal n’a jamais bénéficié de revenus
publicitaires mirobolants, contrairement à d’autres
quotidiens. L’indépendance de ce quotidien face à
ce type de revenus lui aurait donc permis d’éviter la
crise. On sait que Le Devoir est grandement apprécié pour
la transparence, le professionnalisme et l’esprit
d’éthique de ses journalistes et chroniqueurs. On a
souvent opposé La Presse et Le Devoir sur cette question
d’indépendance d’esprit et d’éthique.
Récemment, le débat entourant le vote de nouveaux
crédits fédéraux de 1,8 milliard de dollars pour
l’extraction des sables bitumineux en Alberta est un des exemples
criants du manque de transparence de ce grand quotidien qu’est La
Presse, qui paraît limpidement lié à ses
publicitaires tout comme à ses actionnaires.
Un autre facteur majeur lié au
succès du Devoir tient à la hausse des revenus provenant
de son lectorat, entre autres parce que ce journal propose
l’abonnement payant pour le journal numérisé, ce
qui va à l’encontre de nombreuses pratiques. Ainsi, il
semble évident qu’une nouvelle tendance se dessine et que
les lecteurs sont prêts à payer pour la qualité. Le
goût pour la lecture d’un quotidien critique de
qualité ne se dément absolument pas, contrairement
à ce qu’on aurait pu croire.
L’exemple du Devoir nous invite
à établir un parallèle avec la situation que
traversent actuellement les revues d’art. Sont-elles à
l’abri de cette crise des médias ?
Premier constat, les revues au
Québec semblent se porter mieux que jamais. À priori,
elles sont très garnies, articles et publicités y
foisonnent. On le sait, elles travaillent en grande partie avec des
organismes subventionnés, ce qui, peut-être, les place
à l’abri des embûches sur le plan de la
stabilité. Mais au-delà de l’apparence, qu’en
est-il réellement ? La réalité est que pour
survivre, les revues ont baissé d’au moins 50 % leurs
tarifs publicitaires, et qu’elles font de nombreux
échanges publicitaires. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec
cette pratique, disons que nous procédons par troc. Ce qui
s’est toujours fait; mais auparavant, on publiait un
échange par numéro...(Extrait)