En architecture, les
stratégies « seconde main »
appliquées à l’échelle des bâtiments
en entier ne possèdent pas de valeur écologique en tant
que telle. Pour obtenir la certification, les édifices existants
doivent être « verdis » dans le respect des
normes officielles et ce verdissement se fait indépendamment de
leur valeur sociale, culturelle, historique et artistique. Ceci pose
problème lors de projets où les intérêts
patrimoniaux et écologistes sont également mis de
l’avant, puisque c’est aux architectes que revient la
responsabilité de prendre en compte les valeurs qualitatives des
bâtiments sur lesquels ils interviennent et de leur trouver une
place au sein des opérations de verdissement dictées par
les systèmes de certification. La rénovation verte du
domaine Oaklands à Westmount est l’un des rares projets de
ce type sur l’Île de Montréal. Les solutions
apportées par les architectes au conflit posé par
l’incompatibilité des exigences des deux idéologies
découlent en grande partie de la nécessité
d’adapter la valeur d’usage du bâtiment historique
aux besoins inhérents à sa seconde vie. Guidés par
cet impératif, les intérêts opposés en
viennent à se compléter, chacun remplissant ses devoirs
dans un tout harmonieux.
Une telle réflexion
s’inscrit dans la foulée des travaux récents sur la
part à jouer des enjeux environnementaux dans les débats
sur le patrimoine bâti et tente d’y contribuer en
approfondissant l’un des aspects problématiques de cette
relation.
Les systèmes d’attribution des valeurs
Telles que définies en 1903
par Aloïs Riegl, les exigences du culte de la valeur historique
reposent sur la conservation de la valeur documentaire des
bâtiments. C’est une valeur surtout subjective,
fondée sur des critères qualitatifs : on
détermine que l’édifice représente un
maillon plus ou moins important de l’histoire et qu’il doit
être conservé comme tel pour les générations
à venir. Le culte de cette valeur refuse donc toute
altération ou dégradation du bâtiment; les traces
du passage du temps doivent être éliminées et les
parties manquantes doivent être restituées, le tout en vue
de retrouver l’intégrité originelle ou une certaine
idée de celle-ci.
À l’inverse, le plus
populaire des systèmes d’évaluation de la valeur
écologique, le système LEED (Leadership in Energy and
Environmental Design), fonctionne par critères quantitatifs
établis selon des domaines d’intervention auxquels
correspondent un certain nombre de « points » qui
indiquent, suite à leur addition, quelle certification attribuer
au bâtiment. La valeur écologique d’un
bâtiment est donc déterminée par le nombre de
stratégies écologiques qu’il adopte :
aménagement écologique du site,
récupération des matériaux et disposition
écologique des déchets industriels et domestiques,
intégration d’éléments technologiques
écoénergétiques, stratégies de
réduction des émissions de CO2,
plan de gestion de l’eau, surveillance de la qualité des
environnements intérieurs, etc. En procédant ainsi, le
système veut répondre à la demande d’une
méthode commune de certification écologique
« indépendante des mérites d’un
bâtiment donné » (p. 19). Toutes les structures
existantes, sans exception, doivent pouvoir être
« verdies » et ce qui est évalué
est leur performance en matière de salubrité,
d’énergie et d’environnement.
Le siècle d’écart
entre la formulation de ces deux systèmes et le manque de
flexibilité de leurs standards respectifs posent des
problèmes ambigus aux architectes œuvrant au verdissement
des bâtiments historiques. Ce type de projet a été
formalisé tout récemment par le Comité technique
pour la préservation durable de l’Association pour la
Préservation et ses Techniques (APT). Ses travaux ont mis en
lumière le conflit qui émerge lorsque l’architecte
est appelé à intégrer des composantes
écologiques nouvelles dans un bâtiment ancien...(extrait)
ETC