Éditorial
Par ce dossier
intitulé « Futur », nous sondons les travaux de
créateurs actuels liés aux pratiques de
l’architecture et des nouveaux médias, là où
les préoccupations sociales et esthétiques se recoupent
très souvent et annoncent déjà, dans leurs
exemples, les usages d’un proche lointain.
En architecture, plusieurs
pistes se présentent. La première tient plus de
l’expérience, alors que les suivantes apportent de
réelles solutions. En un premier lieu, c’est la notion de
parasitisme – qui a tant marqué l’histoire de
l’humanité – qui nous interpelle. Le système
de l’autoconstruction, élaboré par le
créateur Michael Rakowitz depuis la fin des années
quatre-vingt-dix en tant qu’abri urbain fait de plastique et de
ruban adhésif et greffé à des édifices
hôtes a retenu l’attention de Cécile Martin. Les
formes créées font office d’appendices ou de longs
membres que l’homme habite. Ces nouvelles stratégies
d’actions questionnent directement le monde pragmatique de
l’immobilier et constituent des constats de société
sur nos us et habitus. Comment vivre et habiter autrement, comment ne
pas dépenser, comment se fondre au construit, etc. ?
Mais ces exemples
d’autoconstruction mettent aussi en relief, ce que
l’auteure nous explique, qu’une architecture parasitaire
extrême, d’une échelle et d’une
complexité monstrueuses, nécessiterait une collaboration
entre différents créateurs qui serait difficilement
viable.
Plus réalistement, les
exemples proposés par Marie-Paule Macdonald témoignent
d’un sentiment d’urgence au cœur des villes du 21e
siècle, et illustrent des solutions aux répercussions
sévères que les changements climatiques et les eaux
montantes des océans font subir à notre planète.
On accède à divers
projets en train d’exister, qui révèlent un
sentiment poussé de responsabilisation sociale de la part des
architectes et de l’ensemble des acteurs des équipes qui
les entourent. Les architectes ont toujours intégré dans
leurs projets les besoins de l’humain, mais, cette fois, il
n’y a plus de temps à perdre. Et l’utopie prend
alors une autre tournure, voire une autre allure. Le rêve
n’a plus sa place.
Dans un pragmatisme
révélé, les exemples fusent de toutes parts :
architectures portables, cités flottantes, villes sous-marines
ou ancrées à la mer, villes englobant l’agriculture
visant l’autosuffisance agroalimentaire, fermes verticales dans
la cité, murs vivants ou végétaux, agriculture
urbaine…
L’architecte du 21e
siècle travaille à partir de donnés scientifiques
dont, entre autres, la photosynthèse, l’énergie
éolienne, photovoltaïque, ou la
regénérescence.
Jean-Pierre Chupin expose, quant
à lui, les tendances des architectes d’aujourd’hui
et leur empêchement à produire des formes entre
technologie, algorithmes, ou écologie ( ? ).
L’entrevue avec Louise
Poissant, menée par Christine Palmiéri, présente
de nouveaux médiums complexes, destinés à donner
un rôle central au spectateur. Des œuvres ou des
installations essentiellement à vocation médiatique,
conçues pour des modes de diffusion eux-mêmes
médiatiques, des arts réseau sur le Web, des animations
3D, des jeux vidéo interactifs avec portables... les liens
qu’entretiennent le théâtre et les autres arts de la
scène avec divers médiums : vidéo,
holographie, musique... l’architecture avec des matériaux
intelligents (smart materials), la mode avec des fibres interactives,
les expérimentations en bioart, des concerts de musique
électroacoustique, les robots sculptures. Aussi, les cyborg,
cybrid, fyborg, hybrot, transhumanisme, bionte, vivisystème, et
hypozoology…
Nous présentons
également deux démarches de deux créateurs
très représentatifs de cette éclosion de nouvelles
disciplines néomédiatiques. Leurs travaux consistent
à offrir des œuvres interactives au spectateur.
Colette Tougas explique la
technologie du Panoscope, de Luc Courchesne, soit une technologie
immersive avec dispositifs qui font intervenir les publics sur le
développement même de l’histoire.
Chantal T. Paris rend compte des
dispositifs dialogiques de Grégory Chatonsky où le
regardeur est immergé dans un flot d’images et de sons
issus des réseaux sociaux du Web, qui servent de moteurs de
création littéraire et cinématographique au
créateur.
Vous l’aurez compris, ETC
s’immerge dans un flux constant d’art
néomédiatique. L’art a changé. Il nous
interpelle et nous inclut dans sa complexité.
Isabelle Lelarge
.
ETC