Naturalia : ainsi était nommée cette catégorie de la chambre des merveilles, dans laquelle étaient conservés créatures et objets naturels. Les insectes étaient particulièrement prisés des collectionneurs. Quelques siècles plus tard, deux artistes se saisissent des bestioles en question et en font des ouvrages de tapisserie faussement victorienne, tissent et brodent avec les papillons des décors sobres ou fastueux, initiant même avec les abeilles un travail de collaboration.Deux artistes dont le genre féminin n’est peut-être pas étranger au choix de ces insectes et des manières de travailler. Des artistes ayant pour commun dénominateur (et ce, avec les collectionneurs) cette qualité qui les détermine si justement : la curiosité. Une attitude qui, trop longtemps, avait été jugée de manière péjorative (associée à l’indiscrétion), jusqu’à ce 17e siècle prospère en cabinets de curiosités, qui fit de cet attribut une des qualités comportementales les plus hautement prisées.Participant donc de cette tradition du collectionneur, Jennifer Angus et Aganetha Dyck font aussi preuve d’une telle obsession que l’on pourrait parler ici d’attitude symptomatique. Disons que ces artistes/entomologistes excellent dans l’art de mettre en scène les insectes et leur labeur. Jennifer Angus a poussé la curiosité jusqu’en Asie du Sud-Est à la recherche d’ailes à épingler et Aganetha Dyck est sortie de l’atelier pour découvrir le monde de l’apiculture.S’il est vrai que le Wunderkammer figurait une forme embryonnaire de pratique muséale, le musée est surtout ici lieu de paradoxe. Les œuvres d’Angus et de Dyck ne se servant du contexte que pour mieux creuser le fossé entre réel et illusion, entre objets extraordinaires et ordinaires, entre l’esthétique et le domestique. Le monde qui fascine ces artistes est naturel, organique, biologique, élémentaire, brut pour ne pas dire sauvage.Si les premiers cabinets de curiosités italiens, les studioli avaient pour mission de satisfaire la curiosité et l’obsession de leurs propriétaires plus que de diffuser et transmettre des savoirs, Angus et Dyck trouvent plaisir, quant à elles, à s’installer dans des lieux différents (intérieurs ou extérieurs). Les mises en abyme sont sujettes à des réactions différentes selon la durée du contact visiteur/œuvre (celles qui sont issues du premier coup d’œil et celles qui sont générées par l’observation attentive). In situ, certaines œuvres de Dyck se font nomades, s’accommodent d’un arbre, alors que les créations d’Angus se comportent en instruments décoratifs, installations contextuelles se référant souvent à des collections de musées qui la reçoivent...(extrait)

ETC