#86 éditorial
Curiosités en tout genre

Dans ce numéro, Gentiane Bélanger nous propose un dossier qui explore la psyché d’une dizaine de créateurs, que six auteurs décortiquent pour notre plus grand plaisir. Nous passons au stade de spectateurs admiratifs et indiscrets, osant à peine, par instants, nous laisser aller à l’émerveillement, alors que pourtant, la chose est permise. La quantité d’éléments qui, d’un seul coup d’oeil, ne suffit certes pas à évaluer ce qui, à priori, ne se laisse entrevoir que par de presque trop sublimes « étalements », s’éternise presque sans fin.Le créateur visuel, tel un musicien, module, ici, inlassablement sur un même thème. Il se permet l’anomalie dans sa production. Nous le perdons presque, alors que sa démesure nous désamorce.Nous sommes confinés en tant qu’actants jouant l’outsider, comme exclus mais bien témoins. C’est la fonction première du cabinet de curiosités que de venir chercher et de provoquer en nous une réaction, une émotion d’extrême urgence que l’on trouve aux confins du caractère obsessionnel, magnifié par la forme ou l’attitude. Fascination et rejet sont les mots de ce voyage dont nous ne sortons pas vraiment indemnes.Mais comment ne pas glisser aussi vers une autre curiosité, cette fois une engeance, laquelle agit en fait depuis environ une année comme un phénomène sociopolitique qui a fait irruption dans nos vies de citoyens. Cette bizarrerie, qu’on ne pensait pas un jour voir venir, a déclenché en nous une méfiance que l’art ne suscite pas lui-même. Notre stupéfaction, de fois en fois, se double d’un étrange sentiment qui nous terrifie. Je ne vous entretiens pas de crise financière ni de santé publique, qui font des victimes et qui meublent déjà bien notre sort, mais d’une autre calamité qui nous étrangle maintenant. Je vous laisse deviner. Internet lui a même consacré un site. On y voit le Premier ministre canadien accompagné d’une paire de ciseaux. Le slogan va ainsi : « Non aux coupures dans le secteur des arts et de la culture ». Nous ne retenons comme élément que la référence aux ciseaux, nous sentant incapables de publier tout portrait de ce grand individu.

Voici le texte intégral du site :« Visitez le site NOTRE CULTURE

http://www.cagibi.net/notreculture

Durant l’été, le gouvernement Harper a décidé d’imposer en douce une pluie de coupures au milieu des arts et de la culture. Des coupures totalisant près de 45 Millions de dollars.

Au cours des dernières semaines, nous avons appris l’abolition de PromArt (4,7 M $) et de Routes Commerciales (9 M $);

l’élimination du programme national de formation dans le secteur du film et de la vidéo (2,5 M $);

l’élimination du Fonds des réseaux de recherche sur les nouveaux médias (4,7 M $) et du Fonds canadien du film et de la vidéo indépendants (1,5 M $);

le retrait des volets Éducation et Accès du Programme du long métrage (300 000 $) ainsi que de Souvenirs de musique (300 000 $)

et du Fonds mémoire canadienne;

ainsi que des coupures annoncées aux volets Projets de stabilisation (627 000 $) et Développement des compétences (1,8 M $) du Programme de consolidation des arts et du patrimoine canadiens.

Il est essentiel pour toute la population de manifester son désaccord envers ce mépris de la culture.

S.V.P., invitez tous vos amis concernés par cette cause à joindre ce groupe, afin d’envoyer un message clair au gouvernement.

C’EST LA CULTURE D’UNE NATION QUI LA DÉFINIT ! »

Tout récemment, c’est le Musée canadien de la Photographie contemporaine qui a été heurté de plein fouet par le gouvernement conservateur au pouvoir, puisque la fermeture de cet organisme est d’ores et déjà prévue. Comment est-il envisageable même que nous subissions autant de mépris de la part d’un gouvernement qui ne pense qu’en terme de rentabilité en art, alors que nous savons tous combien l’art – recherche et divertissement confondus – constitue un moteur premier d’économie. Voici le texte de la pétition de défense à lire et à signer pour sauver le musée.

« Vous devez appuyer le Musée canadien de la Photographie contemporaine http://www.savecmcp.com/

Il y a un réel besoin pour un musée dédié à la photographie au Canada !

SVP, signez la pétition (cliquez le lien ci-dessous) afin de vous opposer à la fermeture du Musée Canadien de la photographie contemporaine à Ottawa et empêchez les autorités de remplacer les œuvres d’art par plus de politiciens et plus d’espaces à bureaux. Notre intention est d’intégrer la galerie de photographie et ses archives à la Galerie Nationale. Mais comme nous le voyons régulièrement, la photographie se situe tout au bas de la liste des priorités des institutions culturelles en place et nécessite son propre lieu de diffusion et de promotion. Notez qu’en signant cette pétition, vous pouvez ignorer la demande de donation.

http://www.sauvezmcpc.com/

Merci à tous ! Thanks to all!

Linda Dawn Hammond

http://www.ipetitions.com/petition/CMCP?...

We need a Canadian museum dedicated to the art of Photography in Canada! Please SIGN the PETITION (above) to oppose the closing of the Canadian Museum of Contemporary Photography in Ottawa, and stop the plan to replace our gallery space with yet more politicians and their offices! The intention is to integrate the photography gallery and its archives within the National Gallery, but as we have seen elsewhere, photography has always been relegated to the bottom of the list of priorities in art institutions and needs its own space to thrive and inspire.

Note that on signing the petition, you can ignore the e-petition request for a “donation”... »

Nous devons protester pour conserver au moins nos acquis et préserver ainsi ce qui nous est le plus précieux : L’ART ! Chers lecteurs de ETC, je vous remercie de vous mobiliser et d’agir.

Isabelle Lelarge

Éditrice de ETC, Isabelle Lelarge a étudié en Histoire de l’art à l’Université de Montréal et a oeuvré, depuis 1978, auprès de plusieurs revues d’art en tant que critique, comme à divers autres titres. En 2006, elle présente, en association avec le Musée d’art contemporain de Montréal, le colloque international « La critique d’art entre diffusion et prospection ». De 1988 à 1991, elle a été Directrice générale de l’Association des galeries d’art contemporain  AGAC; elle a agi également en tant que commissaire d’exposition et a organisé les premières éditions de la foire internationale d’art contemporain ELAAC, ainsi que de l’événement Les Ateliers s’exposent. De 1993 à 1996, elle a été chargée de mission à l’intégration des arts à l’architecture, au Ministère de la Culture et des Communications du Québec, et, depuis 1998, à l’Art public, à la Ville de Montréal. De plus, elle s’intéresse à la sociologie de l’art et est également artiste.

ETC