Traverser, puis comprendre les territoires avec
un appareil GPS ou un téléphone portable, c’est
articuler une mobilité à un dispositif technologique qui
permet de déterminer en temps réel et de façon
automatisée des coordonnées spatiales et temporelles. Ce
lien donne naissance à la géolocalisation1.
Celle-ci n’induit pas une rupture face aux moyens de navigation
et de représentation du monde plus anciens comme la carte, le
récit ou l’image, mais elle peut signifier un prolongement
ou plutôt un déplacement de ces moyens, en s’ouvrant
vers de nouvelles possibilités, de nouveaux usages et donc de
nouvelles représentations territoriales.
Si l’utilisation « commerciale » du GPS et
d’autres dispositifs de géolocalisation préconise
principalement la navigation embarquée, car il s’agit de
suivre en temps réel des indications concernant un parcours, les
artistes explorent différentes avenues du potentiel de ces
coordonnées générées par le GPS.
Le premier geste artistique et le plus répandu de la
localisation consiste à enregistrer des parcours. Des
coordonnées, souvent présentées sous forme de
points, de lignes, voire de tracés de sable (dans un travail de
l’artiste hollandaise Esther Polak2), dessinent une
représentation à la fois cartographique et narrative du
paysage exploré. Le GPS devient ainsi un enregistreur,
comparable à une caméra ou à un appareil photo3,
qui capte un territoire dans le contexte d’un déplacement.
Pour Masaki Fujihata, un des premiers artistes à utiliser le
GPS, il s’agit d’un dispositif capable d’enregistrer
la tridimensionnalité d’un territoire4.
Contrairement à une carte synchrone qui donne une vue
d’ensemble en excluant souvent le facteur
« temps », la géolocalisation produit une
représentation de la mobilité. Ce sont des trajets, des
usages ponctuels et des positions éphémères,
calculés en temps réel, qui constituent une
représentation de l’espace physique. Autrement dit, une
expérience souvent tout à fait personnelle se transforme
ainsi en relevé plutôt objectif du monde.
Mais le GPS n’est pas seulement un enregistreur de parcours; la
géolocalisation représente également un moyen
d’identifier sa position spatiale en temps réel et
d’accéder à travers ce positionnement aux
représentations, images ou informations relatives au site. Pour
Peter Weibel5, directeur de l’important Centre pour l’art
et les médias (Zentrum für Kunst und Medien, ZKM) à
Karlsruhe, en Allemagne, plusieurs paysages se juxtaposent, un paysage
physique et un paysage mental ou psychique. Ce dernier est
composé de cartes, d’images, de narrations et de
réseaux. Pour Weibel, à partir d’un lieu
précis dans l’espace physique, il est possible
d’accéder à des points spécifiques dans ce
paysage mental. Grâce à la géolocalisation, il
devient alors envisageable, soit de s’échapper plus
facilement de l’espace physique ou, au contraire, d’ancrer
la...(extrait)