Les
comportements, les modes de vie et le quotidien de chacun ont connu de
grands changements dans le contexte de
« l’après 89 » en Pologne : une
nouvelle économie de marché et une plus grande
liberté d’expression, une importante émancipation
socioculturelle introduisant de nouvelles normes, de nouvelles formes,
une nouvelle « culture », en somme, et une
nouvelle réalité qui porte aux nues
l’égocentrisme et l’autosatisfaction ne tardant pas
à se révéler au grand jour. Une nouvelle
réalité où les licenciements, les promotions, mais
aussi les divorces, le désordre des familles changent
considérablement les mentalités et les comportements
psychosociaux des populations. Une nouvelle réalité dans
laquelle s’installe une « démocratie
totalitaire » ou un « totalitarisme
démocratique » soumis à un nouveau
despote : celui de la communication et du marketing. Dans cette
nouvelle ère, les femmes sont les premières victimes de
cette pression et de ce totalitarisme, de ces nouvelles règles,
de ces nouveaux standards. Une nouvelle époque où le
corps, la représentation sociale et le « Way of
Beauty » imposent aux femmes est-européennes un
nouveau diktat fait de couleurs, de strass, de paillettes et de
crèmes en tout genre auquel il paraît impossible
d’échapper.
« Épargnées » durant près de
quarante ans par le culte d’une image de la femme autre que
socialiste, les femmes se voient imposer de nouveaux canons
esthétiques régissant la nature d’un grand nombre
de rapports sociaux. Cette image devient l’objet d’une
dévotion et dicte de profonds changements sociaux. The Way of
Beauty est tracé.
À l’instar des femmes occidentales, « la femme
de l’ère postcommuniste » se trouve
entraînée dans un système prescrit par le
marketing, les figures de top-modèles ou virtuelles, de stars de
cinéma, etc., fondé essentiellement sur les apparences et
l’image de soi. Assaillie, pour ne pas dire harcelée
constamment par des flots d’images de publicités, de
concepts visuels, de courants de modes en tout genre, voire par son
propre entourage, la femme subit et se voit contrainte de suivre ce
fameux « Way of Beauty », d’adopter les
tendances actuelles et le modèle dominant, sous peine
d’être exclue de son propre environnement. Dans le monde
occidental où l’apparence physique demeure une
préoccupation constante, la représentation de soi permet
d’opérer d’importantes transformations sur cette
image. On voit apparaître ce phénomène dans les
arts de la nouvelle génération chez les artistes de
l’Europe orientale.
A contrario des artistes luttant dans les années 70-80 pour la
cause et la condition féminines et aspirant à retrouver
(ou à se réapproprier) leur corps, les artistes
est-européennes des années 1990-2000 manifestent les
revers de cette libéralisation ou de cet
« après l’orgie », comme disait
Baudrillard, à un moment où les extrêmes ont
été libérés. Proche de l’art
féministe – au sens où celui-ci est un art fait par
des femmes à propos des femmes, qui reflète et analyse ce
que signifie être femme et artiste dans une culture patriarcale,
explorant sa propre réalité sociale et les structures qui
la conditionnent – ce « mouvement »
artistique, si l’on peut l’appeler ainsi, dénonce
les travers de l’émancipation sexuelle et
l’accaparement (voire le détournement) de celle-ci par la
société, la politique, l’économie et les
entreprises (de toute nature). De même que l’art
féministe, ce « mouvement » de femmes
artistes dans lequel on pourrait retrouver Maja Bajevic
(Bosnie-Herzégovine), Jelena Radic (Serbie), Vlasta Delimar
(Croatie), Orsolya Nyitrai (Hongrie) ou Alla Esipovich (Russie) parmi
tant d’autres, intègre le concept de « rapports
sociaux de sexes » dit « Gender »
(rôle des sexes) dans la plupart des pratiques artistiques. Il
tend à revisiter et à redéfinir la place, le
rôle et les fonctions (sexuelles, sociales, culturelles,
politiques, économiques…) de la femme
(est-européenne) dans la société
d’aujourd’hui.
La scène artistique polonaise, composée d’artistes
telles que Anna Baumgart, Alicja Zebrowska, ou Julita Wojcik constitue
un des cas les plus démonstratifs. Dans les expositions
« Architectures of Gender » (2003),
« Anne, Marie, Madeleine – Photographie polonaise
contemporaine » (2004), ou dans les travaux de Monika Duda, de
Marta Deskur ou de Katarzyna Gorna, l’image de la femme occupe
une place importante dans l’art contemporain polonais de ces
quinze dernières années.
En approchant des sujets tels que la sexualité, la condition
féminine ou les rapports sociaux, les artistes polonaises
jettent un regard très vif, à la fois critique et lucide,
sur l’image de la femme et sa réalité sociale.
Souvent critiqué et censuré, le traitement de la figure
féminine dans l’art contemporain polonais dérange
avec les mots et les images qu’il propose sur
l’identité et la condition de la femme dans la
société polonaise...(Extrait)
ETC