«Je pensais que j’étais à priori dévaluée en tant que femme »1, déclare Annette Messager en 2006, qui avoue du même coup avoir choisi de fonder sa démarche en tant que femme artiste en nous offrant des totems d’animaux en peluche et des totems photographiques de démembrements christiques. Comme elle, de nombreuses artistes ont, de manière décisive, ancré leur création à partir de ce qui les identifie le plus dans la société, soit leur féminité. Reste à définir, également, les éléments ou paramètres qui la constituent en dehors des clichés et des stéréotypes. Retenons une sensibilité plus accrue au monde et aux choses, une façon d’exprimer ses affects, tributaire de l’éducation, et, bien sûr, l’intérêt pour certaines activités du quotidien longtemps réservées aux femmes, sans omettre ce qui la caractérise avant tout en tant qu’être biologique, ainsi que les valeurs liées à la maternité qui s’y rattachent. Ces critères sont les plus récurrents et on les retrouve encore dans les productions de nombreuses femmes-artistes au niveau international (seraient-ce ces mêmes critères qui auraient contribué à la reconnaissance de ces oeuvres, comme on a pu l’observer dans le passé ? Ce serait amorcer un autre débat).
L’approche « soft » et le pouvoir de séduction En 1970, Rose-Marie Arbour écrivait : « Avec le mouvement des femmes en arts qui se manifesta d’abord dans les pays anglo-saxons puis au Québec dans les années 1970, des femmes artistes déplacèrent la notion de création dans une perspective d’appartenance sexuelle et de rôle social : la vie domestique et les gestes de la vie quotidienne, plutôt que d’être négligeables parce que du domaine de la tradition, furent consciemment réinscrits dans l’art et sa pratique : affirmation et provocation se frôlèrent et se chevauchèrent à la même occasion. Le slogan “ le privé est politique ” affirma la dissolution de la barrière entre les domaines du privé et du politique. Avec l’art, ils formèrent une trilogie dans le discours plastique et visuel de nombreuses femmes artistes conscientes des liens entre leur pratique artistique, leur position sociale et leur propre culture »2.Si cette attitude a perdu son effet provocateur, elle demeure toujours potentiellement active, ne serait-ce que dans un certain pouvoir d’attraction et de séduction qu’elle confère aux oeuvres. Ce qui, naturellement, nous renvoie aux oeuvres d’une Sophie Calle ou d’une Tracey Emin, oeuvres dont la confidentialité des propos nous prend à partie, nous rendant témoins et presque complices de la vie des artistes. Les déceptions sentimentales photographiques et textuelles de l’une et les désirs et les vengeances de l’autre, sous forme de slogans sur des dessins naïfs, font partie intégrante de leurs oeuvres, si bien que la vie de ces artistes n’est plus simplement le matériau des oeuvres mais devient une oeuvre à part entière. Cette intimité outrancièrement rendue publique et exprimée dans une esthétique neutre, quasi invisible, si ce n’est justement une esthétique de la transparence, atteint d’autant plus les spectateurs qu’elle agit en eux par les mécanismes affectifs longtemps attribués au féminin. C’est comme faire venir à soi par...(Extrait)