Identités/Identities : Autopsie d’une fiction
Nous avons travaillé, Éric Chenet et moi, cette thématique des Identités pour mieux cerner l’étendue des préoccupations des créateurs actuels, au milieu de leur vie de tous les jours comme au gré de leurs voyages. Nous leur avons demandé de créer une œuvre expressément pour nous, ce qui rend ce dossier en deux volets unique, original, faisant aussi office de cimaise de galerie ou de musée, voire démontrant à quel point le papier n’a pas encore atteint sa limite.
Critiques, dénonciateurs, publicistes, politiques, associés, ironiques, égocentriques, narrateurs, metteurs en scène, façonneurs, au masculin ou au féminin, voici les masques dont s’affublent les dix-neuf créateurs de ce premier volet d’Identités/Identities.
Pas une seule image qui ne recèle une dimension humaine, ou du moins l’expression de sa culture, pas une seule image qui n’ait son acteur, son décor, son histoire. Chacune se veut forte, comme si elle portait en elle tout le monde ou son contraire.
Chacune joue son rôle en nous livrant des regards empreints d’une lucidité exemplaire. Pourquoi ne pas se contenter d’écouter les créateurs pour pénétrer notre monde dans sa véracité, pourquoi ne pas suivre, grâce à eux, le fil de nos miroirs, le songe de nos espoirs ?
Ne manquez pas de lire leurs commentaires, publiés à la suite de notre portfolio. Ses auteurs vous éclaireront sur les identités de créateurs que l’on trouve en ville, à la campagne, à l’étranger, sur un sofa, dans un studio de photo, à la cuisine, sur une banquise, à l’atelier ou à la maison. Rien de l’intimité ou de la domesticité ne semble pourtant révélé, seule la fiction surgit sous nos yeux. Des histoires teintées de fausses expressions de réel. N’est-ce pas étrange, mais n’est-ce point révélateur aussi de cette société qui, somme toute, « préfère la représentation à la réalité, et l’apparence à l’être… »1 ? Nous revenons à une création où tout est retravaillé, où tout caractère même infime renvoie au magistral. À vous de juger d’où s’extirpe l’identitaire du tangible.
Isabelle Lelarge
note
1 Un extrait de Feuerbach, dans Guy Debord, La Société du Spectacle, troisième édition française, in « La séparation inachevée », Paris, 1992, p. 7.
ETC