Si cette affirmation date de 1998, elle nous paraît déjà bien incomplète par rapport au développement de l’art du XXIe siècle. Tout particulièrement en ce qui concerne l’art utilisant des technologies nouvelles, le regard semble passer aujourd’hui au second plan par rapport à l’expérience du corps. Même s’il est vrai que, depuis toujours, l’art puisse se définir comme une science de l’image qui évoque et recèle un pouvoir de représentation, il est également vrai que la théorie et le discours qui l’entourent accusent un changement important de paradigmes. Le corps, auparavant perçu comme une matière vivante, mais immobile devant l’œuvre, donnait toute sa force au regard qui, pour sa part, s’activait et arpentait l’œuvre. Le corps était la coquille extérieure d’une chose plus grande et invisible qui se passait à l’intérieur de lui-même. Toute la vraie relation avec l’œuvre se vivait principalement dans le secret de l’individu.
Aujourd’hui, le corps s’impose. Les technologies nouvelles le rendent intelligent. D’ailleurs, dans cette avenue, il serait essentiel de bien nommer l’objet de notre propos. De quoi, de qui, parlons-nous exactement ? Certains l’appelaient le « visiteur ». Nous conviendrons dorénavant qu’il s’agissait là d’une mode qui s’était peut-être un peu trop laissée atteindre par le virage marketing des années 1990. D’autres l’appellent l’observateur, le spectateur, le récepteur, voire, le public, autant de vocables qui sous-entendent la passivité, l’immobilité et la présence physique de l’individu en relation avec l’œuvre. Aucun de ces termes ne traduit la réalité actuelle de l’art utilisant les technologies nouvelles. L’expérimentateur me semble être le mot qui traduit dorénavant davantage les caractéristiques nouvelles de la relation entre l’individu et l’œuvre.
Si nous mettons bien l’accent sur l’expérience de l’œuvre, c’est que l’art utilisant les technologies nouvelles semble avoir atteint une maturité qui nous permet de reconnaître qu’il bouleverse la définition même de l’œuvre et, par le fait même, la relation que nous développons avec elle.
Tout l’art d’aujourd’hui ne se résume pas qu’à l’art technologique, mais nous pouvons convenir, cependant, que ce type d’art rejaillit sur notre manière de vivre toutes les formes d’art, y compris les formes plus traditionnelles. Grâce à cette fonction plus active du corps, nous sommes en mesure de revoir l’art ancien, sa présence, sa réalité et surtout notre manière d’entrer en contact avec lui. On peut même imaginer que la peinture et la photographie, des médias qui mettent en scène des images immobiles, puissent être réévaluées au regard d’une nouvelle posture et fonction du corps. C’est que si la vidéographie, le cinéma, les installations et, dorénavant...(extrait)

ETC