Le discours critique sur l’art doit se réévaluer et se réinventer sans cesse. Les idées passent, les valeurs changent et le critique d’art tout comme l’artiste atteste de ces mouvances culturelles et ce processus se fait souvent sous la forme d’un dialogue soutenu. Et justement, observant actuellement ces fluctuations idéologiques, ces vagues théoriques, il convient de noter que l’intérêt pour la question du rituel s’est accru considérablement au cours des dernières décennies et ceci, tant dans les sciences humaines et sociales que dans diverses pratiques artistiques. C’est donc pour comprendre cette ferveur conceptuelle tout comme la portée heuristique de ce questionnement que nous avons choisi d’y consacrer le présent dossier.
Il n’existe pas une seule définition du rituel. Les points de vue varient selon les horizons théoriques. Au vingtième siècle, on s’y est tout d’abord intéressé dans le contexte de la religion et du mythe. Établissant des liens entre le rituel et le théâtre, le sociologue Émile Durkheim mettra en relief la force du rituel en tant qu’action favorisant la cohésion sociale (Schechner 2002 : 50). La vague structuraliste viendra ensuite mettre en relief comment les rituels nous permettent d’analyser et de comprendre les structures et les valeurs d’une société présente ou passée. Les recherches de l’ethnologue Arnold Van Gennep sur les rites de passage permettront bien sûr de situer la fonction structurante des rites dans la vie humaine, et surtout d’en établir les trois grandes phases : séparation, marge et réagrégation à un groupe social. Plus récemment, de nombreuses recherches ont porté sur l’importance des pratiques rituelles pour la symbolisation culturelle et la communication sociale. Selon ce point de vue, les rituels s’avèrent parmi les formes d’expression et de représentation les plus efficaces de la communication humaine et sont la constituante intrinsèque de toute interaction sociale. Les travaux de l’anthropologue Erving Goffman mettront clairement en évidence la préséance de ces petites performances rituelles vécues au quotidien. À ces façons de penser le rituel, toujours très actuelles, s’arrime depuis quelques temps un intérêt croissant pour l’aspect pratique et performatif de la mise en scène des rituels (Wulf 2005 : 9). Dans cette perspective, le rituel est conçu comme une action dans laquelle la mise en scène et la représentation du corps humain occupe le rôle central.
Aussi, la lecture performative des rituels ne réduit plus les acteurs à leur dimension cognitive et prend en considération le contexte et la réalité sensible des actions. En d’autres mots, l’on considère désormais que les rituels ne sont pas qu’une simple réalisation d’intentions mais « la manière dont l’acteur d’un dispositif rituel poursuit ses objectifs participe de ce plus de l’agir rituel » (Wulf 2005 : 9). Cette façon de penser les pratiques rituelles par le biais de la performativité1 trouve ses bases académiques dans la postmodernité et le champ des Performance Studies. Les chercheurs et théoriciens s’inscrivant dans ces mouvances conceptuelles s’intéressent un tout petit peu moins...(extrait)
ETC