Le vêtement n’est jamais neutre : il témoigne des représentations et des significations qu’une société offre d’elle-même en se constituant. La parure est ainsi riche de nombreuses significations : « la parure, pour André Leroi-Gourhan, a avant tout une valeur ethnique, l’appartenance au groupe est d’abord sanctionnée par le décor vestimentaire ». Penser le vêtement, c’est donc penser ses relations au corps et à l’environnement, ses relations aux autres et à soi-même : « La guerre, la prise d’une position hiérarchique et l’amour conditionnent le décor vestimentaire de tous les peuples ». L’approche anthropologique du vêtement nous permet de penser celui-ci à la fois comme dispositif et comme opérateur socio-technique et symbolique. L’histoire du costume met en évidence l’évolution spectaculaire qui s’est produite en matière de création vestimentaire.
Au fil du temps, la mode a évolué vers une plus grande recherche de fonctionnalité. Les corsets, crinolines et panières ont disparu des robes pour libérer le corps et lui permettre d’accéder aux activités modernes, que ce soit dans le domaine du travail ou des loisirs. La mode des coiffures en échafaudage, ornées d’oiseaux, de cupidons, de brindilles et végétaux, lancée par Madame de Pompadour, si hautes que les femmes devaient se mettre à genoux en voiture, nous paraît bien surréaliste aujourd’hui. Les robes sublimes d’un volume hors du commun, dessinées dans des étoffes précieuses et portées par les femmes de pouvoir, ne sont plus que d’ardents souvenirs d’un temps où le costume dissimulait des heures de toilette et de recherche de sophistication, l’obsession du détail, un certain goût du secret. Toutes ces pièces de l’histoire que sont les robes de princesses qui caressaient les parquets tamisés des salles de bal restent comme autant de trésors que les récits de Mallarmé ou d’Oscar Wilde décrivent majestueusement dans leurs chroniques de mode, ces robes devant « rendre légère, vaporeuse, aérienne pour cette façon supérieure de marcher qui s’appelle danser, la divinité apparue en leur nuage ».
Ces vestiges d’un temps révolu, celui de Marie Antoinette et de Joséphine, ambassadrices de mode, continuent de nourrir l’imaginaire des grands couturiers, comme John Galliano, qui a fait renaître ces images éternelles dans des créations contemporaines, comme celle qui met en scène une « néo » Marie Antoinette en robe rouge laqué, au collier de perles de sang. Le créateur de mode a en effet ce pouvoir et cette exclusivité de façonner le tissu et son architecture comme une œuvre d’art, interrogeant le vêtement et ses parures sur leur propre statut (sont-ils œuvres d’art ou d’art appliqué ?), quand le vêtement devient un déploiement infini de rêve et de sophistications à travers le défilé de haute couture, ce que le prêt-à-porter ne peut se permettre, étant donné son impératif de production(extrait)
ETC