Réjean-Bernard Cormier : L’état d’urgence est toujours présent, et les aberrations sociales se poursuivent pour utiliser des mots qui ont une certaine importance dans les communications et activités d’ATSA, que ces activités abordent des questions écologiques ou non. Qu’est-ce qui motive vos choix parmi tous les problèmes auxquels doit faire face la société actuelle ?
Annie Roy : Le point de départ de nos recherches est bien souvent l’actualité. Par exemple, quand État d’Urgence a commencé, c’était le 50e anniversaire des droits de l’homme. Parfois, ce sont des moments historiques qui viennent nous chercher, nous suggérer un sujet, comme ce fut le cas durant la guerre en Irak. La guerre en Irak nous a motivés à faire Attentat. Cela tient de l’actualité évidemment, tout en nous amenant en même temps à considérer les faits dans une perspective plus large, et notamment sur ce qu’on est en train de vivre comme société de surconsommation. Nous sommes des éponges comme artistes; il y a des discussions, des momentums, des problématiques dans l’actualité, dans les médias, qui nous atteignent, nous font vivre une espèce de boule d’injustice ou de combat. Un combat qui se crée à l’intérieur et qui a envie de se dire.
R.-B. C. : Vous voulez faire concrètement avancer les choses dans vos projets tout en donnant une part à la fiction, vous voulez faire réfléchir sur des problèmes réels et aussi faire réagir et agir le public, comment articulez-vous cela dans vos projets ?
A. R. : Nous nous retrouvons vraiment dans une espèce de « schisme », de plaque tectonique avec ATSA. Autant nous avons le désir de produire un art qui conscientise, autant nous souhaitons créer un réel impact entraînant des changements. Donc, en un premier temps, des projets nous entraînent plus vers de l’activisme, et c’est important de pousser cette zone-là, pour ensuite pouvoir passer uniquement vers la transposition, dans la création d’une œuvre… Alors, pourquoi en créant un projet ne pas essayer aussi de transposer, d’intégrer devrais-je dire, le désir que les gens posent des actions, des gestes concrets pour changer la société à l’intérieur de l’œuvre ? Nous cherchons à aller toujours un peu plus loin dans cette démarche, dans ce désir d’intégrer dans l’œuvre une portion activiste, une portion mise en action du spectateur ou de l’acteur.
R.-B. C. : D’un point de vue esthétique, comment définissez-vous les actions de l’ATSA, est-ce qu’on peut classer vos projets notamment dans le médium performance ?
A. R. : Je pense qu’il y a plusieurs aspects à considérer. Lorsque nous sommes sur le terrain et que nous vivons l’événement, que nous demeurons très disponibles et très engagés auprès du public, oui, ça tient et c’est souvent en soi de la performance. Mais en même temps, pour nous, c’est de la mise en scène, de la mise en action prenant part à une architecture sociale. Nos projets créent chaque fois une forme de microcosme dans la ville, créent en quelque sorte un tableau réaliste, un tableau vivant dans la ville qui fonctionne autour et suit son cours normal, tout en produisant un effet de loupe qui grossit une problématique dans le lieu même où elle se vit, ou dans un lieu en lien avec elle. Esthétiquement, c’est comme si on avait la carte d’un lieu et qu’on faisait un encadré en grossissant les mots : « Vous êtes ici », « Vous faites cela », « Voici ce qui se passe » et « Vous êtes en plein dedans » ou « Tu marches dedans ». C’est ce que j’entends par une sorte d’effet loupe.
R.-B. C. : Parmi vos actions principales à visées écologiques, on peut nommer Parc industriel, Attention : Zone épineuse et la série Attentat. Comment se sont développées ces actions dans votre œuvre ?...
(extrait)

ETC