La pièce commence sur des chapeaux de roue. Les acteurs et actrices entrent et d’emblée, installent le drame. Le dialogue est saccadé. On ne prend guère le temps de nous laisser nous installer dans l’histoire. Les personnages ne se présentent ni ne s’exposent graduellement. Ils arrivent et jouent, comme si l’on savait ce dont il retournait de cette histoire. Comme si le temps ne nous était pas laissé de s’acclimater quelque peu. Pour nous comme pour les acteurs, il faut sauter à pieds joints. Cela pourrait aller, si on n’ouvrait pas le bal avec une histoire à la fois rocambolesque et attendue. Il y a une Julia et cette Julia a une fille. Elle arrive chez elle. Le noir se fait. Elle entend des pas. Elle cherche sa fille, sortie à l’extérieur. Elle a peur. Le noir fond aussi sur elle. Lorsqu’elle reprend conscience, sa fille n’est nulle part et il y a du sang tout autour.
Je résume, évidemment, mais on aura compris combien l’ensemble emprunte à des scénarios trop connus, issus de films de catégorie B et de thrillers hollywoodien. On ne nous fera grâce de rien. Tout y passera : une poursuite en auto, un couple fraîchement émoulu de sa première baise en cavale, s’acharnant à tout écraser sur son passage, enfants compris, natural born killers recyclés.
De cette quête de la fillette perdue, enlevée, on passera à l’étrange couple que forment cette Julia et son photographe, Gary. Car Julia est un modèle. Entre elle et son Gary, une étrange relation s’est formée. L’un et l’autre cherchent à se manipuler sans cesse, car chacun a besoin de l’autre autant professionnellement qu’émotivement. Mais Julia est double. Non seulement une autre actrice se plaît-elle à composer le personnage mais, en plus, s’inscrit en superposition et dans les lacis de cette première histoire, celle de Julia et Hugh, sorte de g.o. un peu gigolo, rencontré dans un hôtel où s’est arrêtée celle-ci et dont elle repartira avec lui, après l’avoir séduit. Tout ce drame, où la fille de Julia est vite larguée et oubliée, se déroule sur fond de possession et de soumission par le sexe et par la violence. Ces deux éléments essentiels ont en plus un double visage, car ils sont autant les outils de répression et de domination qu’ils sont les exutoires où se déchaînent des ego trop longtemps réprimés et abusés de bien des façons. Sexe et violence sont ici des catalyseurs d’énergies émancipatrices et inhibitrices, et forment un cycle sans cesse repris, un cercle vicieux. La facture bien particulière qu’ont donnée les créateurs à cette pièce est ainsi faite pour que cette spirale devienne évidente.
Mais on n’a vraiment rien dit de cette pièce quand on se limite ainsi à en relater les péripéties. On commencera à comprendre quand on expliquera que, pour jouer quatre personnages (Julia, Gary, Hugh et un agent de police), il y a six comédiens et comédiennes sur scène. Ajoutons, aussi, qu’il vaudrait mieux parler de plateau que de scène. Car la scène classique du théâtre est ici évacuée au profit d’un plateau de tournage. De même ne peut-on parler de décors. L’espace est plutôt occupé par trois écrans vidéo faisant face au public, et accrochés de manière à surplomber le bord de la scène. De part et d’autre de ces écrans, sont positionnées des caméras vidéo sur trépied, lentille tournée vers les comédiens. Au sol, partant du point central de ce trépied, des lignes s’ouvrent en angles divers sur le sol. Elles seront utiles aux comédiens, qui s’en inspireront pour se positionner de façon à ce que leur image soit projetée sur l’écran de la manière qu’ils désirent. Pour un même usage, il y a aussi, au fond de la scène, quatre moniteurs qui reproduisent l’image des écrans....(extrait)
ETC