Carré Viger, Montréal : coincé entre deux voies d’accès à l’autoroute Ville-Marie et deux voies rapides nord-sud faisant le pont avec le Vieux Montréal, cet espace public est reconnu pour être une sorte de nulle part, un non-lieu - bien qu’il soit strictement circonscrit et enclos par le réseau routier. Sorte de reste, ce carré vacant, issu d’une planification urbaine axée sur l’efficacité de la circulation automobile dans les années 60-70, a été aménagé en jardin public dans les années 80. Il est ainsi devenu une vaste sculpture/jardin, réalisée par Charles Daudelin. Assumant la configuration carrée de l’espace et sa situation géographique et acoustique particulière (il est bordé de toutes parts par le flot continu de voitures et de camions), Daudelin a créé un jardin clos, reprenant la tradition médiévale du hortus conclusus et par là l’idée d’un microcosme protégé du chaos et favorisant le sentiment d’osmose avec l’environnement immédiat, le repli sur soi et le recueillement, afin d’accéder à un autre niveau d’harmonie. Daudelin a structuré l’espace de cette enceinte à partir d’un pivot central : une imposante fontaine constituée d’un bassin et d’une grande paroi de ciment peinte en bleu turquoise (de 15 pieds de haut par 55 pieds de long environ) sur laquelle s’écoule une nappe d’eau en continu, ce qui en donne une sorte de rideau de scène animé sur le devant duquel devaient prendre place toutes sortes d’événements. Mais, on le sait, rien n’a fonctionné de ce projet d’espace public : abandonné par les pouvoirs publics sitôt après sa création (bien qu’il continue d’être entretenu régulièrement - mais sans grande conviction - par les jardiniers municipaux), trop profondément coupé du tissu social piétonnier, trop refermé sur lui-même pour inciter les gens à le fréquenter en toute quiétude, ce lieu en marge de tout est devenu le lieu des marginaux, occupé par des sans-abris, des itinérants et des communautés punks.
Les arches de béton qui aménagent des espaces intimes sur le site sont aujourd’hui recouvertes d’une vigne luxuriante; des bosquets adoucissent la dureté du matériau et arrondissent les angles : néanmoins, loin du lieu en osmose avec lui-même et avec l’univers qu’il devait engendrer, le Carré Viger se présente toujours autant comme un vide, marqué par l’abandon et l’attente. C’est ce site en jachère qu’occupe le Centre Dare-Dare depuis sa décision de quitter la galerie de la rue Sainte-Catherine, afin de mieux assumer une vocation hors les murs et de chantier permanent, et mieux asseoir son projet Dis/location, se déroulant toute l’année durant. C’est donc en ..(extrait)
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