Il s’agira dans cet écrit de mettre en exergue une particularité qui distingue la notion de chantier : de travailler à partir d’une évidence et de ce qu’elle peut recouvrir. Et ce, à travers des images qui « illustrent » le thème « chantier » d’une manière presque aussi évidente. En adéquation. Paraphrasant Blanchot, on pourrait dire que l’objet chantier ne manque jamais puisque le manque est sa marque1. C’est cette prégnance de l’inachevé, qui caractérise sa notion même, qui sera quelque peu interrogée. Cette question du manque à finir singularise à ce point le concept de chantier qu’il vise à qualifier ultimement l’ensemble en tant que tel.
Bustamante (2000)2: une image idéalement scindée en deux parties, telle une construction classique. La partie supérieure renvoie à l’image iconique d’une villégiature sise au bord d’un lac de montagne, celle du bas, à la représentation, tout aussi convenue, d’un chantier en construction. L’image se veut conflictuelle, dichotomique. Elle oppose un univers lisse, achevé et ordonné à un territoire en friche, inachevé. Ce qui est vu, globalement, joue de l’intermédiaire et du transitoire et crée une entropie subtile : une étrangeté qui n’en est pas (ou plus) une pour notre œil, habitué aux contrastes et à la juxtaposition d’images stéréotypées.
Mais le décalage et la fracture – induits de l’association d’un espace à la fois certain et incertain, d’une addition voulue de deux points de vue (deux prises de vue) qui, voulant s’annuler l’un l’autre, forcent cependant la cohabitation au sein de la photographie – demeurent. Ainsi, dans ce travail de Bustamante, à travers la coexistence et l’affirmation de deux séries contraires et différentes, c’est le montré de l’inachèvement propre au chantier qui vient achever la photographie dans son ensemble : image qui en resterait autrement à un signifié immédiat et direct.
Pierre Huyghe (1994)3: une mise en abyme où les parties dans l’image se recoupent en révélant des temps de prises différents (temporalités autres) s’appuyant sur le doute créé entre la réalité et la fiction, induisant une difficulté de perception de l’image...
(extrait)

ETC