Le chantier est un lieu à géométrie variable et à fonctions diverses. Il est le lieu d’une préparation, tout en étant dans un processus de préparation. Il existe du fait d’être le projet de quelque chose qui l’investira et l’habitera. Il est habité au présent par les activités préalables qui sont nécessaires à ce devenir. C’est un site portant les germes d’un autre site, pour lequel on s’active dans le devenir de ce qu’il est actuellement. À ce titre, il est constamment mouvant au milieu de l’élaboration constante de son changement et de son épanouissement. Son existence dépend en fait de cette mouvance et de cette variabilité. Il faut le saisir et le comprendre dans ce qui, en lui, annonce ce qu’il ne sera plus vraiment et qui marquera la fin de son existence. Le chantier travaille donc à faire advenir ce qui le rendra vétuste, obsolète, dépassé. C’est cette double existence de site virtuel et d’un autre, en devenir, qui advient peu à peu en lui et par lui, et de site ultime, résultat de la gestation qu’opère et qu’est ce site virtuel, que visent à concilier les œuvres de BGL.
On en voudra pour preuve certaines œuvres, qui montrent l’infrastructure inachevée de quelques constructions. Chapelle mobile (1998) et Villa des Regrets (1999) sont de ce type. L’une comme l’autre offrent leur charpente dénudée à la vue de tous. Elles se dressent, fières et altières, mais demeurent à compléter, à habiller. Elles sont comme de simples squelettes ou jeux de construction adoptés par un enfant. Ce laisser en plan du bâtiment n’est pas fortuit. Comme tel, il décrit l’habitation dans sa fragilité et la montre comme abri insuffisant. Mais il présente aussi le bâti dans son stade préliminaire. Cette simple structure vaut pour tout bâtiment fini, terminé, prêt à l’usage. Sorte d’allusion fonctionnant par référence métonymique, la Chapelle mobile en évoque une réelle, et bien connue. Elle a été, en effet, conçue sur le modèle de l’église St-Matthews, une ancienne église anglicane, située sur la rue Saint-Jean, à Québec, et devenue bibliothèque publique depuis. Un modèle de référence a aussi servi à la construction de la Villa des Regrets. Comme il en va souvent avec les membres de BGL, c’est le terrain qui a orienté la création de cette œuvre. Invités à un événement à Granby, au Troisième Impérial, les trois larrons tombent sur un développement domiciliaire tentaculaire progressant sur le terrain vierge de la campagne à un rythme effréné. C’est à une véritable conquête, à une expansion au galop qu’ils croient assister. Les promoteurs du projet ont adopté le modèle de la villa victorienne et se sont inspirés du style victorien lors de leur construction en série. Les mêmes habitations se répètent à l’infini sur le lotissement du développement, grugeant la campagne environnante. Qui plus est, sur le chantier des spécimens encore en devenir, quantité de bois rejeté traîne, laissé derrière par les équipes de construction. Matériaux et modèle s’offrent ainsi littéralement aux artistes en recherche d’inspiration. « C’est souvent sur le terrain que les projets nous apparaissent et sont conçus. Le terrain stimule ! », dira l’un d’eux. Le travail de création dépend donc tout à la fois du lieu, du site et de l’environnement. En ceci, on pourrait dire que l’environnement du site, que le site même, avec ce qu’il offre comme potentialités signifiantes...(extrait)
ETC