Metteur en scène et universitaire, Jean-François Peyret déploie depuis plus de 20 ans une activité théâtrale qui bouscule volontiers les formes, questionne le théâtre et provoque des rencontres inédites entre science et théâtre, technique et acteur, dans des projets réunissant scientifiques, techniciens et artistes. Mythes et science se sont croisés pour le Traité des passions, Turing Machine, Faust – une histoire naturelle, Histoire naturelle de l’esprit – suite et fin, Projection privée/théâtre public et, plus récemment, Le Traité des formes (La Génisse et le Pythagoricien, Des chimères en automne, les Variations Darwin) ou Le cas de Sophie K, autant de spectacles qui sont au fond un questionnement sur le théâtre, ses processus, son utilité, sa survivance possible, dans des dispositifs d’images ou de sons particuliers. Depuis 2003, il collabore avec l’Ircam (Paris) pour développer une recherche théorique et artistique sur les rapports entre la technique et le théâtre.
Ludovic Fouquet : Le terme de chantier revient de manière récurrente dans les domaines du théâtre comme de l’art contemporain; l’œuvre s’inscrit dans un processus d’élaboration qui tend à devenir lui-même le sujet de l’œuvre (the process is the process) ou qui provoque une ouverture proposée au public sur un matériau en cours d’élaboration. Dans l’univers du spectacle vivant, le chantier tend même à devenir une catégorie de spectacles, particulièrement dans les festivals, désignant une ébauche, une première forme.
Pour vos derniers projets, on a pu suivre les répétitions sur Internet ou assister à Paris à une répétition se déroulant à Avignon, par vidéo-conférence, avec un pianiste à Paris accompagnant cette diffusion1. À quoi répond cette volonté de visibilité ?
Jean-François Peyret : Disons que ce n’est pas un chantier interdit au public ! Ce mot de chantier sent un peu sa langue de bois dans notre profession : on a une prédilection pour les ateliers, les chantiers : a-t-on peur du produit fini ? À propos de bois, souvenons-nous que le chantier, c’est d’abord une pièce de bois sur laquelle reposent les tonneaux. Je serais davantage porté à préférer le tonneau au chantier : en art comme ailleurs, c’est le résultat qui compte. Je distinguerai donc deux choses différentes : le moment du chantier – la préparation, les répétitions –, et le moment du spectacle, de sa présentation, et là, le chantier est en ce sens terminé. S’agissant du chantier, je parlais de son ouverture : elle se fait soit par Internet, soit simplement parce que mes répétitions sont ouvertes à des gens qui viennent y assister, des amis, des étudiants, des journalistes, des inconnus, ce que j’appelle pour m’amuser des représentants de la société civile. Mon travail ne doit pas avoir de secret. Pour moi, la raison en est simple, déontologique : le chantier est ouvert au public, parce que c’est le public, c’est-à-dire l’argent public qui le rend possible. Mon travail théâtral n’est à aucun moment de son processus une affaire privée. Le citoyen n’a à exercer un droit de regard
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ETC