En se construisant un habitat, l’humain se construirait comme être social. Peu importe la forme de cet espace « habitatif » et son lot de problématiques fondées selon une logique binaire puisque tout environnement construit par l’humain interroge communément le privé et le public, l’intérieur et l’extérieur, le nomadisme et la sédentarité, l’abri et l’insécurité… l’architecture contribuerait à définir le sujet que nous sommes dans le monde. C’est en tout cas ce que souligne la philosophe contemporaine Sylviane Agacinski, pour qui toute définition de l’être humain « qui ne tiendrait aucun compte de son inscription dans l’espace et de son habitation serait idéaliste et métaphysique : ce serait celle d’un sujet tombé du ciel ou venu d’un espace abstrait1. » L’auteure insiste par ailleurs sur le fait que cette habitation se matérialise avant tout par sa propriété à tracer une frontière. Elle incarne alors un espace du retrait; celui dans lequel l’homme se retire et à partir duquel il établit distinctement la délimitation entre le dedans et le dehors, l’intimité et le social. Il semble par conséquent que le construit n’échapperait pas à des considérations articulées autour de polarités.
Pourtant, certains artistes s’écartent de ces raisonnements somme toute dualistes en usant de diverses stratégies d’appropriation et de renversement des codes du construit. C’est notamment le cas des projets d’Yves Gendreau qui, depuis une quinzaine d’années, aménage ici et là des Chantiers, en Amérique du Nord comme en Europe. Faisant fi de toute appartenance disciplinaire ses œuvres intègrent aussi bien l’architecture, le site, la sculpture que la performance et, de ce fait, procèdent de ce que Rosalind Krauss avait identifié comme le champs élargi de la sculpture le travail de Gendreau se caractérise avant tout par sa nature indéterminable et par son apparence instable. Il faut dire que le chantier est tout à la fois son lieu d’intervention et le matériau même de sa pratique artistique. Démarche pour le moins singulière puisque, incertain dans sa forme...(extrait)
ETC