La 51e Biennale de Venise s’offrait cette année d’aller un peu plus loin, du moins, comme le laissait entendre le titre de la gigantesque exposition que proposait Rosa Martínez à l’Arsenal. Il reste toutefois bien utopique voire, bien prétentieux de croire que l’art a une totale liberté d’émancipation, d’avancement, même question de faire quelques petits pas. Pour permissif que s’affirme l’intitulé, comment semble-t-il possible que, dans le coin sombre d’une des pièces, un document vidéo relate en quelque deux minutes le parcours d’une œuvre censurée ? Cube Venice 2005, de Gregor Schneider, n’avait ainsi pour trace, dans cet amalgame de critiques et d’œuvres majeures, qu’un simple document sans prétention mais surtout sans aucune autre explication. Le silence dérangeant, se mêlant à la cohue des prières que proposait la bande son du document, ne passait pas inaperçu.
Le projet
Gregor Schneider, lauréat du prestigieux Lion d’Or en 2001 pour la transformation du pavillon allemand en sa lugubre Death House u r, avait prévu d’installer, à même le centre de la place San-Marco, un cube noir recouvert de toile et de bois, rappelant, par ses dimensions et son état, la Kaaba. La Kaaba, rappelons-le, est la pierre noire sacrée qui se trouve au centre de la Grande Mosquée Al-Haram, centre névralgique du pèlerinage à la Mecque. Le geste, selon l’artiste, ne se voulait qu’un simple dialogue entre les religions. L’échange aurait été, pour ainsi dire, établi dans la confrontation culturelle; un terrain d’essai d’autant plus risqué dans la conjoncture actuelle.
Le projet, discuté par Schneider auprès de l’Islam Rat, l’organisme musulman le plus important d’Allemagne, puis, par son équipe, auprès de muftis et d’imams en Arabie Saoudite, n’avait au départ rien de provocant; le Coran ne proscrivant dans aucun de ses Versets la représentation de ladite pierre sacrée. Le Cube Venice 2005, prévu sur la place San-Marco pour l’ouverture de la 51e édition de la Biennale de Venise, s’est pourtant vu condamné à une censure ambiguë, complexe et toujours sans explications claires. En plus de quelques images d’archives et de celles de la maquette, le document vidéo présentait un texte expliquant sommairement le projet...(extrait)
ETC