À la bonne enseigne
Dans la vie quotidienne, quand un chantier trouve notre chemin, on se demande toujours s’il faut passer ou s’arrêter un instant, profiter d’un raccourci, souvent encombrant, regarder. On peut aussi devoir reculer, changer sa route, de peur que divers débris ne gênent la déambulation. Fatalement, en ce non-lieu, nous sommes conviés à tomber sur/dans une enceinte de débris qu’un empire de la consommation a générée, laissée, et qui, dans toute sa splendeur, dégorge, régurgite, tout ce qui a constitué nos vies de consommateurs passées et tout ce qui fait nos vies actuelles de pollués/pollueurs.
Les chantiers du quotidien, de la campagne et de la ville, comme traces ou comme questionnements, sont d’un avenir qui se décide ou ne se décide pas, c’est selon, du moins, matériellement. Mais quelle parfaite métaphore avec les domaines artistiques qui procèdent par recherches mnésiques et par herméneutiques. Toujours en friche dans tant de directions aussi transversales que peut être l’art. Avec ou sans moyens dollars.
Métaphores ou pas. Il y a aussi d’autres chantiers, rencontrés sur nos chemins, qui respirent la joie de vivre, le bonheur, le neuf, le nouveau et même un élan de vie et de bonheur (oui, oui). Ce sont des chantiers de l’avenir où se construisent les vies de demain, avec matériaux et gestes imaginés, prévus pour demain.
Et que penser de ces chantiers qui ne sont rien, autant qu’on puisse être vide de sens lorsque la société nous délaisse et nous ignore ? Que des lieux en dormance ?
Des débris et des poussières qui clament nos origines, qu’on le veuille ou non; c’est le spectacle auquel nous sommes livrés partout autour de nous.
Il y a les chantiers d’hier et ceux de demain, puis ceux de l’immanence.
Neuf auteurs liés à ce dossier « Chantiers », en deux numéros, en mars et en juin 2006, vous proposent une diversité gradation de notions de chantiers pour chaque artiste et chercheur choisi en la matière. Cet interstice d’irrévérence qui se trouve dans la pratique du chantier a sans doute toujours existé. C’est une esthétique qui procède par étapes et sans finalité précise, en s’excluant idéalement de tout dogmatisme. Comme pour une bouffée d’oxygène, le créateur vient se ressourcer dans la praxis « du » chantier. Certains passent, et d’autres demeurent longtemps à cette adresse.
Isabelle Lelarge