Pour sa première collaboration scénique, Bill Viola1 s’ouvre un passage éclatant de lumière et trouve dans l’invitation du metteur en scène Peter Sellars une occasion privilégiée de rencontre entre vidéo et plateau scénique. Viola avait déjà décliné plusieurs offres de Sellars, connu pour ses mises en scènes modernisantes de grandes œuvres du répertoire lyrique, mais surtout pour son recours à la technologie audiovisuelle dans des dispositifs d’écrans satellitaires (moniteurs isolés ou mur d’écrans). Dans ses spectacles de théâtre ou d’opéra, Sellars emploie volontiers vidéo tournée à vue par des acteurs-cadreurs et sémantique télévisuelle. Les dispositifs sont dépouillés : technologie (de lumière, d’image) et connectique y font décor, tout en mettant en abyme le regard. Viola redoutait l’aspect aléatoire, flou, bricolé du théâtre, Sellars l’a relancé à nouveau pour l’opéra Tristan et Isolde, en lui assurant un montage rigoureux et en lui offrant une intervention de premier ordre. Il en résulte une proposition éblouissante qui, tout en s’inscrivant parfaitement dans la ligne du travail des deux créateurs – la vidéo est baignée des emprunts picturaux, ralentis dramatiques, soucis et détails de composition qui caractérisent le travail de Viola, dans une rencontre évidente avec l’univers de Sellars, qui signe une mise en scène aussi intelligente, précise que discrète – initie un rapport particulier entre le plateau scénique et la vidéo. Particulier, car avec ce film, il s’agit tout à la fois d’un accompagnement, d’un prolongement, d’un dialogue, d’une œuvre parallèle qui se trouve dans le même temps être en parfaite synchronie avec la musique de l’opéra et dans un positionnement juste avec le lyrisme et l’univers même de Wagner.2...(extrait)

ETC