Afin de combler le vide laissé par la disparition du FIND, le dernier Festival de Théâtre des Amériques consacrait son volet Nouvelles Scènes à la danse contemporaine. C’est dans ce contexte que plusieurs ont pu découvrir In Side et Aura, deux œuvres multidisciplinaires orchestrées par Stéphane Gladyszewski1. Inclassable, cet artiste brouille les frontières entre les genres en élaborant une rencontre complexe entre la vidéo, le corps en mouvement, le son et la matière. Aboutissement des diverses explorations qu’il a menées tout au long de son baccalauréat en études interdisciplinaires à l’université Concordia, les deux pièces de Gladyszewski présentent une étonnante synthèse des arts qui n’est pas sans évoquer le concept de Gesamtstkunstwerk ou d’art total. Ici, connaissances scientifiques et outils technologiques s’allient à une vision artistique forte pour mieux interpeller les sens du spectateur.
Dans un monde où nous voudrions être partout à la fois, un monde technologique qui échappe à notre contrôle et dans lequel le virtuel occupe de plus en plus d’espace, la place du corps semble trop souvent menacée. Or, le corps demeure au centre de l’œuvre de ce jeune créateur, qui nous propose un « déverrouillage sensoriel
2 » à travers cette expérience esthétique fascinante. En effet, agissant par voie sensorielle, cognitive et affective, l’œuvre nous amène à percevoir différemment l’espace, l’autre, ainsi que notre propre corporalité. Nous nous intéresserons donc aux moyens utilisés par Gladyszewski pour inviter le spectateur à faire l’expérience de l’œuvre. Il semble que les stratégies esthétiques déployées puissent permettre au spectateur de comparer les images du corps mises en scène à l’image mentale qu’il se fait de son propre corps, et l’amener ainsi à mieux prendre conscience de son identité corporelle et de son être-dans-le-monde.

Une œuvre « expériencielle »
D’abord photographe, puis sculpteur, danseur et vidéaste, il n’est pas étonnant que Gladyszewski situe le corps au centre d’une problématique de l’image et du mouvement. Le concept de base des expérimentations qui ont mené d’abord à In Side, puis à Aura, consiste à filmer des séquences chorégraphiques qui seront ensuite projetées sur le corps des danseurs, créant ainsi des effets de tridimensionnalité et permettant une multiplication de l’image en mouvement. Comme un clin d’œil à l’histoire, certaines images du spectacle évoquent d’ailleurs les chronophotographies de Muybridge et Marey ou encore les magnifiques pas de deux filmés par Norman McLaren

ETC