After all, our hearts beat, our lungs oscillate, we shiver when we are cold, we sometimes snore, we can hear and speak because our eardrums and larynges vibrate. The light waves which permit us to see entail vibration. We move by oscillating our legs. We cannot say “vibration” without the tip of the tongue oscillating… Even the atoms of which we are constituted vibrate. »
John Cage pénètre dans la chambre anéchoïque (anechoic chamber). Deux sons, émouvants, contrecarrent le pouvoir absorbant des murs. Cage interroge l’ingénieur. Réponse : bruit de votre cœur. Et de votre système nerveux. Tous deux impossibles à rendre silencieux. À moins d’une mort clinique, et encore. D’autres seront toujours là dehors, hors de cette chambre mortifère. Le voilà plus tard dans une autre enclave acoustique, destinée elle aussi à la recherche scientifique, une chambre de réverbération mesurant les capacités maxima du point de vue de l’écoute. L’expérience le ravit : une impression d’être « massé » par le son. La première expérience demeure pourtant la plus cruciale puisqu’elle entérinerait selon lui l’idée d’un continuum sonore. Celle d’une « musique » d’une discrétion telle qu’il faut lui porter assistance pour qu’elle se manifeste bien que toujours, partout, présente. Connu justement pour ses pièces dites « silencieuses » telles 4’33’’ (où la « non performance » du musicien doit rendre perceptible l’environnement sonore, rires et soupirs ironiques compris) ou Silence Prayer (sorte de ready-made inversé où l’ami de Duchamp insère dans le champ envahissant du Musak ou « silence » en boîte), Cage se tourne donc désormais vers toutes les technologies susceptibles d’amplifier ces sons imperceptibles, quasi-inaudibles, témoins inaliénables de la nature vibratoire de corps qui, désormais, n’auraient plus à être frappés pour faire entendre leur « voix »
...(extrait)

ETC