Invoquer la fable dans le contexte particulier des pratiques artistiques actuelles offre au moins deux pistes de travail. La première consiste à étudier certaines propositions plastiques actuelles à la lumière du propre de la fable en tant que forme littéraire. Pensons par exemple au travail de Martin Désilets, exposé à la galerie montréalaise Occurrence à la fin de l’année 2001, sous le titre « Les dictons et proverbes des îlets ». Pensons aussi à l’ensemble de l’œuvre de Daniel Corbeil, en particulier l’exposition Laboratoire climatique. Paysages sous observations, organisée conjointement par l’Œil de poisson et VU, deux centres d’artistes membres du complexe Méduse à Québec. Le corpus d’œuvres qui supporte une comparaison avec la fable est sans doute étendu, mais pas infini. Le constituer serait déjà un travail en soi. L’entreprise consisterait ensuite à faire la démonstration de la légitimité d’un tel rapprochement. Quels sont les traits de structure qui caractérisent la fable ? Ces traits sont-ils une source d’inspiration pour les artistes, parce qu’ils les perpétuent (Daniel Corbeil) ? Ou parce qu’ils les interrogent (Martin Désilets) ? Cette rencontre entre la forme de la fable et certaines des formes actuelles de l’art visuel est-elle le signe d’un tournant particulier dans l’histoire de la pratique artistique ? Comme le suggère Réjean-Bernard Cormier, l’instigateur du présent dossier, quand il écrit : « La fabulation, le doublement du réel par son opposé, participe peut-être de l’expression d’une nouvelle sensibilité »1. Voilà les quelques questions incontournables qui attendraient celui ou celle qui s’engagerait dans une telle direction...(extrait)
ETC