Après avoir crée le concept d’esthétique relationnelle, Nicolas Bourriaud, théoricien, critique d’art et co-directeur du Palais de Tokyo à Paris, donne de l’art la définition suivante « (…) l’art est une activité qui consiste à produire des rapports au monde, à matérialiser sous une forme ou une autre ses relations à l’espace et au temps ». Nous l’avons rencontré dans le lieu qu’il dirige, le Palais de Tokyo, ce lieu ouvert parfois controversé, où les manifestations artistiques les plus innovatrices témoignent de cette propension à la communication directe entre les êtres, de ce désir d’humanisation, de créer des espaces de partage et d’échange. Son livre, Esthétique relationnelle, paru en 1998, aura changé la vision que l’on se faisait des pratiques artistiques, jusque-là indéfinissables, qui ont marqué la fin du siècle passé et qui continuent de marquer le début du nôtre.
Christine Palmiéri : L’art relationnel est-il né du désir d’entrer en contact avec le public, avec l’autre, ou de se fondre dans l’œuvre, de devenir œuvre de façon narcissique ou, au contraire, de façon plus humble, de descendre sur le terrain et de prendre la place de l’objet ? Ce désir de contact direct, évacuant l’objet, témoigne-t-il d’une quête d’humanisation et de désacralisation de l’art pour tenter un rapprochement dans un « partage sensible » à la Jacques Rancière ? Ou manifeste-t-il une « passion du réel », comme dirait Alain Badiou ? Ou à la manière d’Andy Warhol, vise-t-il plutôt à donner au spectateur quelques minutes de gloire pendant lesquelles il devient acteur ? Ou bien est-il simplement l’expression du vide social ?
Nicolas Bourriaud : Je crois que l’humain est aujourd’hui la ligne de front, la frontière qui nous oppose au partage. C’est une humanisation qui serait différente du vieil humanisme, une humanisation post-foulcadienne, si on veut. « Esthétique relationnelle » part du constat que les relations interhumaines sont devenues le centre des préoccupations des artistes aujourd’hui
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