Dans le sillage de la plus diva des foires d’art contemporain, on trouve des musées en ébullition, tout le monde de l’art moderne et contemporain, drainé là pour y faire des affaires, des découvertes, des contacts et même y développer des idées et projets, et deux foires « off ». Née peu après la foire de Cologne, aujourd’hui affublée d’une version américaine, Art Basel Miami Beach, Art Basel est, aux dires de tous et d’elle-même, LA foire d’art moderne et contemporain : 275 exposants, 535 candidatures rejetées, 19 000 m2 d’exposition, 442 francs suisses le m2. À la fois super-marché de l’art et super-musée, elle s’impose à tous les niveaux comme un événement majeur, baromètre, phénomène et même matrice de l’art contemporain.
En effet, loin de se contenter d’exercer une autorité sans équivalent sur le marché et par conséquent sur l’art , Art Basel est devenue une institution à part entière, une plateforme d’exposition, qui n’a rien à envier aux biennales et autres grandes manifestations internationales. Bien au contraire, ainsi que le constate Klaus Biesenbach, interviewé au sujet de la biennale de Venise par le journal allemand Kunstzeitung : « Il semble que les foires qui donnent le ton, comme Art Basel et Frieze Art Fair, à Londres, ou l’Armory Show, à New York, ont assumé depuis longtemps le rôle des grandes expositions internationales. »
Ainsi, outre l’organisation d’interventions dans l’espace public, sculptures et performances qui « ornent » l’entrée et les alentours de la foire, Art Basel a enfanté en 1999 Art Unlimited, une halle entière mise à disposition des galeristes et des artistes, pour y présenter des œuvres monumentales ou exigeant un contexte d’exposition spécifique : 72 artistes y étaient exposés cette année et, comme pour célébrer la prétention muséale de l’événement, Marina Abramovic, nue, allongée sur une plateforme, a enlacé trois heures durant un squelette impassible. Cette performance, réalisée en exclusivité lors du vernissage, fut hâtivement comparée par la presse du moment au Christ mort de Hans Holbein, exposé non loin de là au Kunstmuseum.
Arrangée par un commissaire, Simon Lamunière, Art Unlimited est en fait une exposition grand public dont la tenue contribue grandement à faire de la foire un « musée temporaire ». Si cette manifestation contribue, d’un coté, à créer la différence tant recherchée de Bâle vis-à-vis des autres foires d’art contemporain, elle dévoile aussi, de l’autre, ses prétentions hégémoniques sur le terrain institutionnel.
À ce propos, il est notable de remarquer qu’Art Basel transforme, une semaine durant, la ville en capitale mondiale de l’art contemporain et que c’est sous son impulsion que les institutions rivalisent d’ambition : Picasso et le surréalisme 1924-1939 à la fondation Beyerler, les deux tiers de l’œuvre de Jeff Wall au Schaulager, Simon Starling au Musée d’art contemporain, Artur Zmijewski et Carl Andre à la Kunsthalle, etc. Même le Kunstmuseum s’est mis au diapason de l’art contemporain avec Covering the real, une exposition traitant des relations de l’art avec l’image de presse, de Warhol à Tillmans...(extrait)
ETC