Un des grands acquis de la Modernité est sans nul doute le fait que l’œuvre d’art a développé une fonction d’autoréflexivité, une capacité de parler d’elle-même et de réfléchir sur ses conditions d’existence. Si, de nos jours, la recherche des artistes se porte peu sur la matérialité de l’œuvre, les artistes contemporains continuent néanmoins à créer des pièces qui incitent à réfléchir sur les conditions d’exposition, la mécanique du milieu de l’art et ce qui encadre invisiblement l’œuvre, mais lui confère un poids symbolique important. Bien des artistes effectuent un travail critique autour de ce que nous pourrions appeler la valeur ajoutée créée par les galeries, musées, commissaires, historiens de l’art, collectionneurs…
Cette année, à la Biennale de Venise, l’œuvre sonore Loudspeakers, de l’artiste Santiago Sierra (d’origine espagnole, mais vivant au Mexique), était de cet ordre. Déjà, à la précédente Biennale, il proposait une œuvre où il traitait de la Biennale comme d’un système d’exclusion. Le Pavillon espagnol était muré, juste ouvert par une porte arrière, gardée par des vigiles, et par laquelle seuls les citoyens munis d’un passeport espagnol étaient autorisés à entrer.
Cette fois-ci, avec Loudspeakers, Sierra exhibe certains paramètres d’existence de cette Biennale. Dans le hall d’entrée de l’Arsenale, des voix en anglais et en italien égrainent un texte où se retrouvent toute une série de renseignements et règlements nécessaires au public, mais aussi beaucoup d’informations sur les structures internes du fonctionnement de cette Biennale. Au total, ce texte comporte 304 entrées informatives. Cela commence assez simplement, trop simplement, pourrait-on se dire... Mais Sierra est un petit malin.
Son œuvre mentionne le fait qu’il est interdit de fumer dans la Biennale, les dates d’ouverture, le prix d’entrée de 15 euros par personne (mais les clients d’Alitalia bénéficient de 50 % de réduction !), le prix du catalogue général (65 euros), également le prix des catalogues de tous les pavillons (entre 14, 80 euros pour ceux de l’Allemagne et de l’Autriche et 72, 80 euros pour celui de la Grande-Bretagne), le prix d’un café (pas cher, 1 euro) ou d’un vieux Whisky (6 euros)… L’information devient plus intéressante à partir de l’entrée no 103. Sierra y indique que pour l’année 2003, 260 103 visiteurs ont parcouru la Biennale, que les hôtels à Venise commencent à prendre des réservations deux ans à l’avance, que 46 % des touristes qui visitent l’Italie viennent dans la Sérénissime
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ETC