Entrer dans une œuvre, c’est entrer dans la fable qui la constitue, c’est entrer dans son propre chaos (celui de l’œuvre mais aussi celui qui nous est propre et qui trouble notre territoire affectif et conceptuel), et se laisser emporter dans l’utopie de son esthétique ou de son anti-esthétique». C’est pénétrer dans un lieu où l’hétérotopie dynamique, activée par les multiples actants perceptifs, sensoriels et cognitifs, nous oblige à manœuvrer selon des règles de navigation grâce auxquelles nous pouvons en faire l’expérience, l’approcher et en retirer un substrat essentiel, qui comble l’espace en creux de l’irrationnel. « L’entrée en fable c’est éprouver la transformation déréalisante de nos espaces familiers, c’est rendre l’espace étrange, inquiétant », dit Georges Didi-Huberman, qui ajoute : « L’artiste donne chair à des lieux, je veux dire des espaces improbables, impensables, des apories, des fictions topiques. Des espaces investis, envahis par un processus de transformations que l’on peut nommer une fable en référence aux philosophies antiques. C’est bien une fable que Platon convoquait chaque fois qu’une difficulté majeure se présentait à la pensée conceptuelle comme aux littératures de notre modernité (Caroll, Beckett, Kafka etc.) ». Entrer dans l’œuvre, dans la fable de l’œuvre, c’est ouvrir la porte maintenue fermée par la raison dominatrice, c’est plonger dans un espace pathémique, lieu originaire de l’expérience esthétique, lieu de la pensée en œuvre...(extrait)
ETC