Sur les draps rayés blanc et bleu de son lit, en jeans et t-shirt noir, une jeune femme est assoupie. Elle est entourée de cannettes de bière. Il y aussi des bouteilles de plastique peintes. Dans les tiroirs éventrés d’une commode et d’une table de chevet, jusqu’au sol, des perles de bazar semblent jaillir comme d’un coffre à trésor. Partout, des bijoux et des colliers en toc, de la breloque bon marché. Oui, c’était une belle fête ! La caméra erre à travers un immeuble de banlieue. Personne ne voulait partir, être le dernier à fermer la lumière. Au matin, douze appartements peuplés d’autant de fêtards endormis ont été filmés en un très lent plan séquence.
Autour des dormeurs, un désordre indescriptible. Bouteilles vides. Assiettes. Mégots. Vestiges de la veille. Confettis. Déchets. Ce sont les traces de quelque chose de fugitif. Aux clameurs d’une soirée que l’on devine mouvementée, succède cette enfilade silencieuse de pièces et de chambres. La caméra déambule en veilleuse autour de ces corps immobiles. Pour cette vidéo intitulée Le Dortoir (2002), présentée à Paris, à la Galerie Michel Rein, l’artiste de Barcelone, Jordi Colomer, a créé plusieurs espaces-temps où se rencontrent à la fois les lieux et leurs occupants. L’aspect factice de ces bijoux a contaminé le lieu. Une impression de précarité s’allie à l’absurde théâtralité de ces personnages aux poses de guetteurs alanguis. Les murs, les meubles, bien des détails du lieu où ils reposent nous intriguent par leur incertitude...(extrait)
ETC