Animés par la sensibilité fabulatrice, les artistes œuvrant dans les eaux troubles situées entre réalité et fiction démantèlent la dichotomie réel/irréel sur laquelle se fonde le rationalisme. Au-delà d’une logique de l’opposition, les nombreuses fabulations ne s’épuisent pas à combattre le réel : des micro récits se tissent, ont la possibilité de se connecter et ainsi créer de nouvelles lignes de fuite. Dans cette foulée, « [i]l convient […] de reconnaître que ce que nous appelons la ‘ réalité du monde ’ ressemble à une forme de contexte des nombreuses fabulations ».Même si l’opération mystificatrice pourrait s’apparenter à celle du discours persuasif-fermé, elle construit un univers complètement hors réalité; la recherche de l’accès à cet espace met le spectateur au défi. Le registre fabulateur est certainement le lieu par excellence de l’art, à la fois ouvert et totalement hermétique. Ne se contentant pas de conduire ou de transiter en vertu d’un rapport analogique, la fabulation fragilise jusqu’à la moindre parcelle de repères réels, sans toutefois anéantir ces derniers. Elle suppose un degré élevé de transformation de la réalité, sans quoi il n’est plus question de fable...(extrait)
ETC