Le titre, Anatomie du
désir, paraît sans doute paradoxal dans le cadre d'un
article voulant traiter de la filiation entre l'art de la performance
et la violence. Il renvoie en fait à l'intitulé
donné par l'artiste allemand Hans Bellmer (1902-1975) et
à son recueil de notes, Petite anatomie de l'inconscient
physique ou l'anatomie de l'image, publié tardivement,
à la fin des années cinquante2. Dans ce document,
Bellmer s'était inspiré du neurologue d'origine
allemande Paul Schilder. Il possédait une copie de Image and
Appearance of the Human Body (1935), ouvrage dans lequel Schilder
défendait la thèse selon laquelle le langage corporel
révèle l'expression des émotions inconscientes3.
À partir de cette idée, Petite anatomie de
l'inconscient physique venait apporter une correspondance
littéraire aux fameuses poupées
désarticulées que Bellmer avait commencées
dès 1933 et qui, comme on le sait, sont devenues au fil des
ans un véritable leitmotiv. Les poupées de Bellmer ne
furent jamais exposées en tant que sculptures. Chacune d'elles
servait plutôt à explorer des assemblages variés
que l'artiste photographiait. Aussi, en 1934, Bellmer publie un
document intitulé Die Puppe dans lequel il rassemble une
série de photographies, sortes de tableaux vivants, un peu
comme des performances, qui témoignent de son obsession
à reconfigurer des narrations complexes4. Si l'on en croit une
lettre qu'il avait adressée à Jean Brun, les
poupées inconvenantes étaient pour lui une forme de
« compensation », un
« remède » au mal de vivre que
générait la montée du nazisme5.
Profondément ambivalents, à la fois morbides et
séduisants, les corps démembrés des
poupées constituaient donc pour Bellmer un thème
obsédant qui possédait un véritable pouvoir de
conjuration...
ETC