Qu'arrive-t-il à l'art ? Ou plutôt  question sous-jacente qu'est-il advenu de notre monde ?... Si c'est dans les années 90 que s'identifient les premiers symptômes d'une dérégulation éthique, décelable dans la croissante surenchère d'une violence imaginale, le germe d'un tel phénomène doit sans doute être cherché plus haut dans le temps, à cette secrète charnière qu'Adorno diagnostiquait comme une des « blessures de l'art », à savoir l'échec de son autonomie annoncée par le Modernisme, mais aussi en un Postmodernisme dont certaines dérives semblent encore peu maîtrisées.1 Au-delà d'attitudes lascives et mortifères d'artistes dont a fortiori se constate le désengagement, il devient urgent de sonder la profondeur d'une telle incubation. Et celle-ci pourrait bien remonter au Pop Art. C'est en considérant une affiche sur une avenue parisienne geste au reste banal, que chacun expérimente un peu partout sur la planète  que je réalisai que la critique du Pop Art n'avait été, en nos sociétés consuméristes battant leur plein, qu'une voix dans le désert. Il existait toutefois un germe ambigu au sein du Pop Art, qui en complexifiait le constat, via ces liaisons dangereuses par lesquelles un artiste aussi singulier qu'Andy Warhol s'était avec brio constitué en « produit » médiatique. Quelques décades plus tard, Oliviero Toscani, publiciste impénitent, empruntait aux agences de presse Sigma et Magnum de déchirants documents d'actualité pour exalter une marque de pull-over multicolores qui depuis fit le tour du monde. Adorateur de Warhol, il ne s'en appropriait pas moins une de ses sérigraphies où, en tons sépia, se dupliquait une sinistre chaise électrique...

 

ETC