Un cadavre de chien
dépiauté comme un lapin, crocs agressifs, tête
haute, en incubation sous des projecteurs, offre son regard
éteint à un miroir-loupe, jusqu'à ce que le haut
de son crâne prenne feu et qu'un tourbillon de fumée
s'en échappe. À quelques milliers de kilomètres,
des performeurs nus s'emparent chacun d'une pale et s'empalent
réellement, en l'avalant, laissant voir leur corps
traversé par un pieu. Tout près, un cheval
momifié maintenu en érection par des injections
chimiques fait face à une jument harnachée par des
cordes et des chaînes de sorte à laisser voir son vagin
dilaté que des vandales violent et arrosent d'urine une fois
entreposé. En Europe cette fois, des performeurs aussi nus que
les premiers combattent le feu qui les entoure dans l'enceinte d'un
château. Quelques années auparavant, c'est une femme qui
offre son corps nu et une panoplie de lames de rasoir aux
désirs sadiques des spectateurs. Alors qu'aujourd'hui,
travaillant en laboratoire, des artistes s'ingénient à
manipuler les gènes et l'ADN dans un désir de
transfiguration du corps, faisant pousser des ailes aux porcs, des
oreilles humaines dans le dos des souris ou cultivant des tissus
humains. Devant les manifestations de violence du monde qui sont de
plus en plus polymorphes, l'art réagit et les productions
artistiques deviennent multiformes. Mais une constante demeure, celle
de la représentation ou de l'utilisation du corps comme
support de la souffrance. Évacué pendant quelques
années, le retour en force au corporel est d'une importance
capitale, car le corps est l'interface entre le monde et
l'être. Ce retour à la chair qui renoue avec les images
christiques de crucifixions et de supplices vise à atteindre
des états affectifs fondamentaux....
ETC