Dans le contexte de ce numéro traitant du développement de médiums autres que le cinéma, le texte qui suit semblera s'inscrire en faux. En effet, il traite de la production de Phillip Barker, un cinéaste originaire de Toronto, directeur artistique pour plusieurs longs métrages dont certains films d'Atom Egoyan, et réalisateur de films expérimentaux présentés dans plusieurs festivals internationaux. Dans cette démarche plutôt inscrite dans le champ de la cinématographie, j'insisterai sur des prestations réalisées dans l'espace public, à certains égards inusitées dans cette production et originales tant le cinéma est associé aux salles de projection obscures ou aux écrans cathodiques. La première oeuvre, Trust a Boat (1986), fut présentée en Europe, à Amsterdam, Utrecht et Groningen, ainsi qu'au Canada, à Peterborough et Toronto, en Ontario. La seconde, Five Souls Released from Fetters, fut réalisée pour le Musée régional de Rimouski et présentée sur les fascines servant habituellement à l'accrochage de bannières publicitaires annonçant les expositions en montre.

Trust a Boat consiste en une performance et une série de projections cinématographiques sur les fenêtres d'un édifice de trois étages, depuis l'intérieur. L'ensemble devait être perçu avec un certain recul. La prestation débute lorsqu'un personnage entre dans l'édifice par une porte éclairée par un projecteur de cinéma, créant pour le public une silhouette en ombre chinoise. D'autres fenêtres s'illuminent ensuite, de sorte que peu à peu, un théâtre d'ombres se construit, transformant sous nos yeux un ensemble de neuf ouvertures architecturales en autant de lanternes magiques. Au son d'une bande sonore composée pour l'occasion, une mélodie fredonnée rythme les activités quotidiennes des personnages visibles en silhouettes dans chacune des fenêtres. Ensuite, une à une, celles-ci s'éteignent pour se rallumer tour à tour alors que la luminosité d'une projection remplace maintenant la lumière bleutée du projecteur du début, et qu'une musique jouée au piano accompagne désormais la prestation. Seule une silhouette demeure immobile dans la fenêtre centrale.... (extrait)

ETC