La question posée dans ce
présent numéro repose d'abord et avant tout sur la
notion de langage. Proposer le film comme modèle, source ou
matériau à diverses pratiques en arts visuels suppose
que l'on distingue chacune de ces pratiques à partir de leur
nature matérielle, qui servira de premier jalon à tout
effort de définition. Ces mouvements de la contamination d'un
médium par un autre appartiennent encore à l'ordre de
la pensée disciplinaire, laquelle cède maintenant de
plus en plus la place à celle d'une pensée de la
transdisciplinarité ou encore, à l'ère de
l'indisciplinaire1. C'est pourquoi je substituerai au terme
contamination, celui de réappropriation, suggérant un
dynamisme des formes et de figures voyageant librement à
travers différents médias.
La vidéo n'a pas
échappé à cet effort de définition et,
dès son apparition, plusieurs ont tenté de la
définir à partir du langage cinématographique,
premier modèle théorique de la cohabitation du son, de
l'image et du mouvement.
D'entrée de jeu, le terme
vidéo a posé des problèmes, inspirant plusieurs
auteurs à le définir par ce qu'il n'était pas.
Très vite, le vocabulaire technique emprunté au
cinéma s'est avéré inadéquat, du moins
trop restrictif. La très importante notion de plan, sur
laquelle repose tout l'édifice du langage
cinématographique par exemple, disparaissait au profit de
celle de composition de l'image, le plan impliquant des rapports au
corps cohérents et homogènes au sein de l'image, ce que
la technique de la vidéo s'employait justement à
transgresser. Exit le plan et par sa suite, la notion de montage
s'effrite au profit du mixage; le vidéaste Bill Viola a
été en effet un des premiers à faire remarquer
que la vidéo était dans sa technique beaucoup plus
près du son que du cinéma. Enfin, la notion de
profondeur de champ cède la place à celle de
l'épaisseur de l'image. ... (extrait)
ETC